Retours de Dijon 2015 (Seconde partie), par Isabelle

La lutte de Fabian Von Auerswald, par Pierre-Alexandre Chaize

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Portrait de Fabian Von Auerswald, folio 3r extrait du traité conservé à l’Universitätsbibliothek Göttingen; source Wiktenauer.

Fabian Von Auerswald  (1462 – 1537)  a rédigé un traité de  lutte à mains nues  en 1537 publié à titre posthume en 1539 sous le titre Ringer kunst: funf und Achtzig Stücke (1) et dédié à l’Electeur de Saxe Jean-Fréderic.

Il s’agit d’un des premiers livres imprimés sur la lutte  uniquement consacré à celle-ci ; l’ouvrage est composé de 85 gravures sur plaques de bois  illustrées par  Lucas Cranach le jeune(3) ; il comporte la description de plusieurs types de luttes: par exemple lutte avec un jeune homme ou encore la lutte avec un pied dans le fossé et à cloche-pied…

Le contexte dans lequel se déroule la lutte selon Von Auerswald est particulier puisque les combats se déroulent devant des membres de l’aristocratie;  le but des combats est la soumission. Le traité met en présence deux types d’adversaires : face à Auersawald  âgé, soit un homme d’âge mûr soit un jeune homme; et pour la taille il vaut mieux avoir un adversaire plus grand que soi, que plus petit.

Les exercices développés par  Pierre-Alexandre Chaize au cours de l’atelier de Dijon 2015 sont issus des  plaques 31 à 35, c’est-à-dire la confrontation avec un jeune homme. Dans ces exercices vont se retrouver des mouvements  de bras ou de jambes développés précédemment par l’auteur dans son traité. Par exemple: lorsque votre adversaire vous saisit au bras ou à la manche, il faut « ressentir » la pression.

Il s’agit de faire  un mouvement circulaire avec le bras autour du bras adverse allant vers  l’intérieur ou  vers l’extérieur pour le tester. En fonction de la pression exercée cela permettra d’écarter son bras rapidement s’il est faible ou au contraire de poursuivre  la  lutte. Par exemple dans  ce cas, on saisit le bras de l’adversaire et on tire vers soi le coude qui va vers l’intérieur. On peut alors se servir de ce vide et faire une prise.

Le premier combat (plaque 31 + 32) qui est une introduction au suivant oppose  un jeune homme « A » à Auerswald « B ».

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plaque 31 issue du traité précité

A saisit B par son vêtement et son bras; puis B avec sa main gauche plaque la main de A contre lui et exerce une poussée vers le bas pour l’obliger à se baisser. L’autre main de B  pousse  l’épaule de A pour le déséquilibrer. Puis,  B glisse son bras droit  en faisant un mouvement circulaire et saisit le coude de A et le tire vers lui (plaque 32) ; le but est de faire plier le bras de l’adversaire .Lorsque cela se produit B glisse sa main gauche et saisit le poignet de A et la retourne. Normalement et à vitesse rapide cela provoque un « arrachement du bras »

plaque 32 issue du traité précité
plaque 32 issue du traité précité

Un autre exercice (plaque 33) met en scène A contre B à l’occasion d’une prise au cours de laquelle A particulièrement fort bloque sa tête contre la poitrine de B. L’idée de A bloqué,  est, pour s’en sortir, de pousser B. Une partie de l’exercice a été montrée comme suit: dans ce cas B attrape fermement le col du vêtement de A et brusquement exerce une pression sur le cou de A tout en  reculant d’un pas pour le  faire suivre. Le but est l’idée est de le contraindre à baisser ou s’agenouiller.

plaque 33 issue du traité précité
plaque 33 issue du traité précité

 

Le combat suivant montre les adversaires proches l’un de l’autre avec une des technique favorites de Von Auerswald (plaque 34).

B a placé sur le haut de ses épaules le bras gauche de A et en tirant celui-ci a saisi la main de A et l’a retournée, de façon à l’immobiliser. A noter la position du corps de B légèrement baissé. Avec sa jambe gauche B passe entre les jambes de B et avec sa main gauche tout en se levant le soulève et le fait basculer.

plaque 34 issue du traité précité
plaque 34 issue du traité précité

Dernier exerciceB après avoir retourné A, saisit sa main gauche et la « replie » légèrement tout la soulevant ;  en même temps il exerce une pression sur le coude (a priori dans le creux du coude), l’adversaire doit se soumettre.

plaque 35 issue du traité précité
plaque 35 issue du traité précité

Isabelle.

Merci à Pierre-Alexandre Chaize pour ses précisions.

Retours de Dijon (Iere partie), par Isabelle.

NOTES

(1) Traité conservé  à Universitätsbibliothek Göttingen, Basse-Saxe, Allemagne.

(2) Peintre et dessinateur sur bois, reconnaissable au serpent figurant sur ses œuvres. Son style est proche de celui de son père Lucas Cranach l’Ancien; à la mort de  ce dernier en 1553 il prend la tête de l’atelier de peinture. Les commandes des princes de Saxe lui assurent la prospérité, jusqu’à sa mort, en 1586.

Corrections, Validation: Gaths, Laurent.

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