Trois choses à dire à vos étudiants d’arts martiaux, par Devon Boorman.

[Cet article est une traduction de « Three things you should be saying to your martial arts students », publié sur le blog du site officiel de l’auteur le 28.01.2016.]

Lorsque vous faites face à vos étudiants, vous avez non seulement des techniques d’arts martiaux à transmettre, mais aussi une occasion d’aiguiser de manière positive leur mode de pensée. La psychologie avec laquelle vous allez appréhender l’apprentissage et les exercices a une influence considérable sur une bonne pratique et aussi sur un bon dynamisme, qu’il faut pérenniser sur le long terme. Voici quelques choses que vous devriez dire à votre groupe régulier, que vous soyez instructeur ou plus simplement un leader reconnu par vos pairs.

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« LE TALENT N’EXISTE PAS »

Le talent est un concept à la fois séduisant et destructeur pour le pratiquant d’arts martiaux. Il nourrit cette part de nous qui croit que nous devons être très bons de suite, ou sinon laisser tomber. Cela vous amène à vous comparer, de manière inéquitable, à vos camarades du cours, et cela détruira votre motivation par-dessus tout.  Beaucoup d’études ont démontrées que le talent, c’est-à-dire l’habilité ou la qualité génétique d’un tel ou d’un tel, n’a qu’une influence très légère sur une pratique exigeant des aptitudes avancées (comme le combat à l’épée) afin qu’elle soit couronnée de succès, et qu’en ce domaine seules des heures de pratique et d’exercice prévalent.

En tant que leader, il est essentiel de faire en sorte que les membres de votre groupe gardent à l’esprit que l’on progresse par l’exercice et non par une croyance illusoire que le talent ait quelque chose à voir avec le succès. Ainsi, Vous pouvez aider vos étudiants à combattre leurs mauvaises idées d’eux-mêmes et réorienter leur énergie vers là où ils en ont besoin, afin d’obtenir des résultats concrets.

A lire sur ce point: Outliers de Malcolm Gladwell [inédit en français ; cependant d’autres de ses ouvrages ont été traduits et publiés]

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« SI TU N’ECHOUES PAS, C’EST QUE TU N’ESSAIES PAS. SOIS DONC SÛR D’ECHOUER »

Le temps passé  à s’exercer lors des entraînements demeure le seul facteur qui garantisse un succès à long terme dans les arts martiaux. La qualité des pratiques est essentielle. Si l’on n’échoue pas lors d’exercices, seul ou avec un camarade, ou lors d’un sparring, l’on ne se met pas suffisamment au défi. Aussi, apprenez à vos étudiants à augmenter par eux-mêmes le niveau de difficulté de leurs entraînements. Encouragez constamment vos étudiants à échouer et poussez les au maximum de leurs capacités. En tant que leaders, il est aussi essentiel que nous effacions tous les stigmates laissés par l’échec [et n’en garder que du positif].

A lire sur ce point: Bounce de Matthew Syed [inédit en français]

« SOYEZ HEUREUX D’AVOIR DES DÉFIS, PAS D’OBTENIR DES RÉSULTATS »

La volonté d’éviter l’échec, et par le fait celle d’éviter tout défi, commence avec nos expériences du monde (par exemple croire que le talent compte, et non l’exercice) et l’image qu’on a de nous-mêmes. Le docteur Carol Dweck, dans les études qui l’ont menées à écrire son livre Changer d’état d’esprit : Une nouvelle psychologie de la réussite a démontré qu’il est possible d’impacter de manière négative le QI d’un enfant en les félicitant simplement d’être intelligent. Les enfants que l’on félicite d’être intelligents, lorsque confrontés à l’échec, battent en retraite vers plus de facilité et évitent tout défi. Ils ne veulent pas briser leur image établie « d’être intelligent ». Au contraire, les enfants qui ont été encouragés pour leur travail difficile et pour leur volonté de faire face aux défis ont étés plus avides de plus grands défis et plus enclins à la réussite que les enfants dont l’intellect seul a été flatté.

Soyez prudents lorsque vous félicitez vous étudiants d’arts martiaux et encouragez-les à appliquer cette sagesse [des arts martiaux] dans leur propre estime de soi. Il est plus important de faire face à un gros défi et en sortir grandi plutôt que d’enchaîner de petits challenges et les réussir.

A lire sur ce point: Changer d’état d’esprit : Une nouvelle psychologie de la réussite de Carol S. Dweck.

Devon Boorman de l’Academie Duello, Vancouver, Canada.

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Traduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Traduction Gaths pour le Blog OGN ; corrections et validations Clémentine et Johann.

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