Retours de Dijon 2015 (1ere partie), par Isabelle

Cette série d’articles a pour but de donner un aperçu de certains ateliers auxquels j’ai pu participer et prodigués au cours de l’HEMAC de Dijon 2015; j’ai eu le souci d’aller vers des disciplines différentes de celles enseignées à l’OGN. La diversité des arts martiaux enseignés et les techniques d‘apprentissage sont d’autres particularités de ce stage.

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Les armes à une main

Le  Messer selon  Lecküchner, par Martin ENZI (Dreynschlag).

Rappels :

Johannes Lecküchner a vécu entre 1430 et 1482. Il était prêtre et pratiquait les armes de combat. Il a été inscrit à l’université de Leipzig et a reçu son titre de bacalaureus en 1457 ; il a officié en tant que prêtre à Herzogenaurach,  ville de Bavière de 1480 au 31 décembre  1482, date de sa mort.

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Deux de ses livres sur le combat (Fechtbücher) pour le messer sont parvenus jusqu’à nous.  Ceux-ci sont conservés, le Cod.  Pal.  Germ 430, à Heidelberg (1478), et le Cgm.  582, à  Munich, (1482.) ; seul le Cgm 582 contient des illustrations (216 folios). Ils sont reliés à la tradition de  Liechtenauer , et  ils  sont rédigés  en haut allemand (dialecte allemand parlé dans le sud et le centre de  l’Allemagne actuelle), et  sans doute destiné à Philipe 1er   du Palatinat (1).

Plusieurs éléments montrent l’originalité de cette œuvre au XVéme siècle, par rapport aux autres traités de combat: les deux traités ne mentionnent  que l’usage d’une seule arme, le Messer ; et le Cgm 1482, rédigé l’année  de sa mort, contient  à la fois des illustrations, des versets et des explications détaillées.

Qu’est-ce qu’un Langes Messer ?

Le Langes Messer ou Messer (« long couteau » ou « couteau ») est une arme utilisée en Europe centrale et occidentale  dont l’usage est courant  du XIVe au XVIe siècle. Ce type d’arme a surtout été utilisée dans les milieux populaires par des civils, ou  par des fantassins (en tant que deuxième arme).

Il s’agit d’une arme à un seul tranchant, utilisée avec une seule main, avec un second petit tranchant à la pointe; les quillons sont droits,  « souvent de section ronde, et munis le plus souvent d’un ergot sur le côté droit, afin de protéger le dos de la main lors du contrôle de la lame adverse. Le pommeau est toujours en forme de tête de faucon « (3).

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On trouve différentes appellations de ce type d’arme en Europe en fonction notamment de la taille: langes messer donc, mais aussi Degen (petit couteau); on peut rapprocher également cette  arme du fauchon ou du braquemart.

L’interprétation de Lecküchner par Martin Enzi 

Du fait de sa taille plus courte que celle d’une épée, les techniques de combat figurant dans les sources de Lecküchner feront souvent appel à la lutte ou au grappling (prises et clés).

Pour cette raison, les exercices  liés à l’utilisation du messer sont  également enseignées par M. Enzi  à mains nues. Ceci permet également  d’apprécier la violence et la rapidité lorsqu’il y aura utilisation  de cette arme. Pour ces raisons l’échauffement  proposé par M Enzi porte sur les poignets, coudes et bras.

Exercices:

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-Echauffement particulier, Le plateau: avec son bras directeur, faire un angle  et retourner la main directrice (celle qui se servira de l’arme) comme si l’on tenait un plateau; l’autre main dans le dos lorsqu’elle ne sert pas ; les jambes sont légèrement fléchies (différent de l’épée à deux mains).

-La tenue de l’arme se fait comme suit : avec une main, le dos de la main doit être orienté vers l’ergot et de l’autre côté le pouce peut se coller contre la lame. La jambe opposée à celle qui tient le messer doit être en avant.

– Lorsque les lames entreront en  contact, il vaut mieux utiliser le dos de la lame ou le plat et non le tranchant ; exemple lorsque l’un des adversaires tente de contrer l’autre,  par exemple (image 5) avec un zornhau, lors du contact avec  lame adverse, il tourne son poignet (le dos de sa lame  touche la lame de l’autre).

De la sorte, le tranchant est vers le haut et la pointe vers le visage de l’adversaire, prêt à estoquer. Le même exercice peut se faire cette fois-ci plat  contre plat. A noter que dans l’utilisation du Messer la  lame  doit en quelque sorte rebondir sur la lame adverse.

-Autre jeu, celui ou les deux lames se rejoignent et l’un des protagonistes tourne son poignet vers l’extérieur;  il quitte la lame adverse et dirige sa lame vers le visage de son adversaire;  de là soit il dirige son pommeau vers la tête adverse, tout en   dégageant le bras armé de l’autre avec son bras resté en réserve (6) ;  soit avec son pommeau il bloque le  bras de son adversaire et avec sa main ,qui était en réserve, appuie sur le bras  adverse, et le pousse à terre ; dans ces cas, il faut préalablement ramener le bras du dos vers sa poitrine, puisque l’on est en grappling.

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Enfin, parmi les exercices montrés lors d’une attaque de haut entre en contact avec la lame adverse, retourner le pommeau dans le masque pour déstabiliser l’adversaire, simultanément pousser son bras ; puis se décaler et passer derrière sa tête et trancher (7).

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Le sabre : présentation, par Julien Garry (De Taille  et d’Estoc).

L’instructeur s’est appuyé sur l’ouvrage L’escrime à la contrepointe  de Joseph Tinguely (1) maître d’armes en 1856.

Cet auteur présente son traité comme « une branche de l’escrime  indispensable à tout militaire armé du sabre »(2) ; le sabre étant une arme d’estoc, de taille et de contre-taille. La contrepointe, est un mouvement au sabre où l’on frappe à la fois de la pointe et du tranchant.

L’atelier avait pour objet la démonstration de quelques postures ; l’attitude des combattants doit être souple et le torse doit être présenté de côté et non face à l’adversaire. Le bras inutilisé doit être de côté ,le poignet sur la taille.

Le poids du corps doit se porter sur la  jambe arrière. Pour avancer il faut faire un pas après l’autre (pied droit –pied droit …) et le pied gauche suit en même temps, dans  le même mouvement jambes légèrement fléchies. Pour la retraite si vous êtes droitier, le pied gauche recule le premier en même temps que le pied droit (pour un gaucher c’est l’inverse).

Lorsqu’on se met en garde, la poignée du sabre doit être à plat dans la main, et le pouce placé contre le  dos supérieur de la poignée.

Deux gardes, la quarte et la  tierce, ont été montrées ainsi que leurs parades, pour les positions hautes ainsi que la quinte.

La quarte

img7Il faut tenir la poignée du sabre de façon à ce que les doigts soient dirigés vers le haut. Le bras droit (pour les droitiers) dot être un peu fléchi;  le corps se présente de côté et non face à l’adversaire ; le poids se porte sur la jambe gauche (pour les droitier) et l’inverse pour les gauchers avec une légère flexion de cette jambe arrière.

Le coup doit viser la poitrine ou la tête. Dans cet art il faut toujours regarder sa pointe ; la quarte est offensive et peut servir de riposte.

La tierce

img8Le sabre doit être tenu avec les doigts vers le bas, le but étant de couvrir le dehors. Les jeux présentés dans cet atelier ont consisté à « croiser le fer » afin de s’exercer à se tenir en position de quarte ou de tierce et toucher l’adversaire au visage ou à la poitrine ; l’engagement en quarte ou en tierce permet d’attaquer à l’intérieur ou à l’extérieur.

Les coups

Toujours conserver la pointe du sabre  vers la poitrine de l’adversaire; pour un coup quarte   à l’intérieur par exemple , le bras doit être élevé et étendu  le corps d’avance vers l’adversaire . et au niveau des jambes pour faire le coup il faut effectuer une fente et opposer votre lame à la sienne.  Pour un coup de tierce  c’est presque semblable sauf que le poignet est renversé et que l’on s’oppose vers l’extérieur.

Les parades de la quarte et de la tierce

Pour la parade de la quarte, il faut se mettre en tierce et « poussez votre main vers la gauche puis, faisant un tour graduel en haut avec le poignet, les doigts tournés dessus, retirez votre main un peu vers votre corps afin que l’opposition soit plus grande et pare la figure du côté gauche » (3).

Pour la parade de la tierce « se fait de la garde en quarte en poussant et en courbant le bras obliquement en dehors, les doigts renversés par le tour graduel du poignet; en achevant la parade, celle-ci pare la figure du côté droit » (4).

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Parade  de la quarte

La quinte est utilisée pour parer des attaques portées sur les parties hautes du corps ; la lame doit se positionner horizontalement en avant de la tête et légèrement baissée ; le poignet doit être au- dessus de la tête et le bras relevé et tourné vers l’extérieur.

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Une parade en riposte à la seconde position basse

Tout d’abord la seconde : la pointe du sabre doit être baissée et les doigts vers le bas, opérez une flexion des jambes puis donner un coup sur le côté.

Pour opérer une riposte à la seconde, le poignet et les doigts doivent être tournés vers le bas, la pointe doit être dirigée du côté de votre adversaire.

En guise de conclusion de ce trop bref atelier, je cite l’auteur J Tinguely : « En terminant, nous recommandons à nos lecteurs de se livrer à leurs exercices avec douceur l’un à l’égard de l’autre, et en s’efforçant de faire toutes leurs parades avec autant d’élégance que de précision. Ils doivent, en particulier, montrer le moins de gêne possible, et, surtout, ne donner accès à aucune espèce de crainte ».

Isabelle

Notes :

(1) Philipp der Aufrichtige Heidelberg 1448- Germersheim 1508  (Rhénanie Palatinat), issu de la famille des Wittelsbach, Il fut prince électeur de  1476 à 1508.

(2) Lecküchner, Hans: Kunst des Messerfechtens, transcription par Hammaborg.

(3) Article Le Messer, approche des techniques d’escrime à une main par Lionel Charluteau et Olivier Dupuis pour l’association Les Guerriers d’Avalon.

(4) Photo extraite d’un article sur les découvertes archéologiques.

 (5 et 7) Lecküchner, Hans: Kunst des Messerfechtens, voir (2).

(6 et 8) merci Clément (OGN) et Paolo (Médiéval Combat) ; photos Dijon 2015 par Isa.

(9) Joseph Tinguely, L’escrime à la contrepointe Edition Payerne, 1856.

(10) page introduction de l’ouvrage L’escrime à la contrepointe.

(11 et 12) idem  pages 6/15.

 En plus :

http://www.hammaborg.de/pdf/transkriptionen/leckuechner_cgm582/zabinski_mitchell_fritz_leckuchner.pdf

http://www.arsensis.hu/

Corrections, validation: Gaths, Clémentine.

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